Les textes de la semaine : Chabbat CHABBAT ROCH HACHANA

Résumé de la Paracha CHABBAT ROCH HACHANA

Roch Hachana, littéralement « tête de l’année », marque le Nouvel An juif et ouvre une période de dix jours de réflexion spirituelle qui culmine avec Yom Kippour, le Jour du Grand Pardon. Ce n’est pas une fête du temps qui passe, mais un moment de jugement et de renouveau intérieur : selon la tradition, D.ieu évalue les actes de chacun et inscrit son destin dans le « Livre de la Vie » pour l’année à venir.

Roch Hachana commémore la création de l’homme et rappelle la souveraineté de D.ieu sur le monde. Elle dure deux jours, les 1er et 2 Tichri, et son rite central est la sonnerie du chofar, la corne de bélier. Ce son simple et pénétrant symbolise l’éveil de la conscience, l’appel au repentir et le souvenir du sacrifice d’Abraham. Il relie l’homme à sa source spirituelle et l’invite à se transformer.

La liturgie de la fête exprime à la fois crainte et espérance. Les prières proclament la royauté divine et rappellent que par la téchouva (repentir), la téfila (prière) et la tsédaka (charité), chacun peut adoucir le jugement.

Les repas sont joyeux : on trempe la pomme dans le miel pour souhaiter une année douce, on consomme grenade, dattes ou tête de poisson comme signes d’abondance. Le rituel du Tashlikh, au bord d’un cours d’eau, consiste à jeter symboliquement ses fautes.

Roch Hachana est ainsi une fête de réveil spirituel et d’espérance, un temps pour revenir à soi, à autrui et à D.ieu, dans la confiance d’un nouveau départ

 

Les quiz de la semaine

 

1. Que signifient les mots « Roch Hachana » ?
2. Combien de noms différents possède Roch Hachana ?
3. Quels sont les trois types de sons que l’on souffle dans le chofar ?
4. Pourquoi mange-t-on des grenades à Roch Hachana ?
5. Quel type d’eau est nécessaire pour accomplir la cérémonie du Tashlikh à Roch Hachana ?

Commentaire de la Paracha CHABBAT ROCH HACHANA

Texte: Berechit 21:1-34

Nous célébrons cette semaine la fête de Roch Hachana.
Cette fête porte en elle un paradoxe qui déroute : c'est à la fois une fête joyeuse, avec ses belles tables et ses repas de viande et de vin, mais c'est aussi le jour du jugement, le moment où l'on entre dans les « jours redoutables ». Comment être serein quand on sait que l'on va être jugé ? Cette tension n'est pas un problème à résoudre : elle est le cœur même de la fête.
Tout commence par une distinction essentielle : la crainte n'est pas la peur. La peur est négative, elle paralyse. La crainte, elle, est proche du respect : devant quelque chose de grand, nous nous sentons petits, et c'est une chance. Avoir de la grandeur devant soi donne un horizon, une direction. Sans modèle, sans hauteur, la vie reste horizontale et un peu plate. Servir Dieu avec crainte et se réjouir avec tremblement exprime précisément cet équilibre entre deux mouvements opposés : la joie, qui nous pousse à agir vers l'extérieur, et le tremblement, qui nous ouvre à recevoir.
Cet équilibre n'est jamais statique. Il ressemble à un pendule qui oscille naturellement entre les deux pôles, sans jamais se figer. Ainsi, pendant les prières solennelles, nous savons que le repas de fête joyeux suivra, et inversement. L'équilibre, c'est de passer de l'un à l'autre de manière naturelle, sans frottement : ni trop sérieux au point que la moindre contrariété provoque la colère, ni trop détendu au point de s'endormir face à la vie. La juste voie, c'est la souplesse du caoutchouc : une forme, mais pas une forme fragile qui se brise dès le premier choc.
Le fait que le jugement ait lieu avant Yom Kippour renforce cette logique. S'il y avait d'abord le pardon, nous vivrions Yom Kippour dans la peur de rater la seule chance d'être pardonnés, et le repentir serait intéressé. Mais le jugement d'abord supprime cette arrière-pensée. Ce jugement mérite d'être bien compris : Dieu ne juge pas comme un robot cruel qui applique la loi. La justice est le moyen qu'Il a trouvé pour faire avancer le monde. Être jugé, cela signifie que Dieu ne renonce jamais à notre avancée. C'est le geste d'un père qui demande à son enfant pourquoi il n'a pas fait ses devoirs : non pour l'embêter, mais pour le faire progresser. Le jugement est une alliance : nous ne sommes pas face à Dieu, encore moins contre Lui, mais avec Lui. Il est autant intéressé que nous à ce que nous réalisions notre potentiel, à ce que nous vivions avec grandeur et non avec petitesse. Il y a certes le jugement, mais il y a aussi une joie intérieure : on compte sur nous ! Il ne faut donc pas affronter ce jugement avec peur, mais avec fierté.
Être jugé, c'est la preuve que quelqu'un croit encore en nous.

 d’après  Raphaël Kohane  https://youtu.be/H2VIi92IFwk

 

Commentaire de la Haftara CHABBAT ROCH HACHANA

Texte: Vayahi Ish Ehad Shmouel 1:1-2:10

La haftara lue cette semaine à l’office de rosh Hachana est tirée du livre de Samuel, qui ouvre l'histoire des prophètes d'Israël et nous plonge dans les derniers temps des juges, alors que le peuple vacille entre fidélité et oubli de D.ieu. Le texte nous raconte le récit d'Hanna, femme d'Elkana, accablée par sa stérilité, et qu'une rivale, Penina, ne cesse d'humilier.
Chaque année, montant au sanctuaire de Silo, elle porte sa douleur en silence, jusqu'au jour où, alors que le grand prêtre Éli l’observe de loin, elle forme un vœu : si D.ieu lui donne un fils, elle le consacrera à son service. « Et Anna parlait en son cœur, remuant seulement ses lèvres, et sa voix ne se faisait point entendre. Et Éli crut qu'elle était ivre. » Ce verset n'est pas une simple touche de réalisme : c'est devenu une des sources fondamentales de notre compréhension de la prière. Le Talmud le cite en effet dans le traité Berakhot, qui est consacré aux bénédictions et à la prière sous toutes ses formes — comment, quand, dans quelles conditions s'adresser à D.ieu—. Au fil d'une discussion sur la manière de prier, le Talmud (Berakhot 31a) indique que Rav Hammuna tire de ce seul verset quatre lois fondamentales :
« parlait dans son cœur » enseigne que la prière exige une intention sincère, la kavanah ;
« seules ses lèvres bougeaient » enseigne que les mots doivent être articulés des lèvres ;
« sa voix ne s'entendait pas » enseigne qu'il ne faut pas crier sa prière ;
et enfin « Éli pensa qu'elle était ivre » enseigne qu'il est interdit de prier en état d'ivresse.
Ce qui est remarquable, c'est que cette femme brisée devienne pour la tradition un modèle universel : Hanna prie dans une douleur immense, incomprise même du grand prêtre, qui la prend pour une ivrogne marmonnant des paroles incompréhensibles. Et pourtant, c'est précisément de ce moment d’effacement total que notre tradition a extrait les règles les plus profondes sur la manière de se tenir devant D.ieu.
La leçon est belle : ce qui, aux yeux du monde, ressemble à de la faiblesse ou au désordre peut devenir un modèle aux yeux de la tradition,
Notre prière n'a pas besoin d'être spectaculaire pour être entendue ; elle a besoin d'être vraie. Et peut-être faut-il un cœur brisé comme celui d'Hanna pour rappeler à celui qui prie — à celui qui souffre, à celui qu'on ne comprend pas — que devant D.ieu, aucune parole murmurée dans le secret ne se perd jamais.

 sources diverses

 

Réponses aux quiz

1. Tête de l’année (et non « Nouvel An » au sens moderne).
2. Cinq noms :Roch Hachana (Tête de l’année), Yom Teroua (Jour de la sonnerie du chofar), Yom HaDin (Jour du jugement), Yom HaZikaron (Jour du souvenir), HaYom Harat Olam (Jour de la création du monde),
3. Tekia, Chevarim et Teroua.
4. Parce que les nombreuses graines de la grenade symbolisent les 613 mitsvot (commandements) de la Torah.
5. Une eau courante, de préférence un ruisseau où vivent des poissons