Résumé de la Paracha EMOR
La paracha énonce d’abord les lois concernant les Cohanim (les prêtres), le Cohen Gadol (le Grand-Prêtre) et le service du Temple. Ainsi, un Cohen, un prêtre, ne doit pas se rendre rituellement impur par le contact avec un cadavre excepté pour un parent proche. Il ne peut épouser « une femme prostituée ou déshonorée » ni même une divorcée. Un Cohen atteint d'une difformité ne peut effectuer de service dans le Temple de même qu’un animal atteint d’une malformation ne peut y être offert.
La paracha énumère ensuite les Convocations Saintes, les fêtes du calendrier juif. L’offrande de la Pâque, le 14 du mois de Nissan vers le soir, et les sept jours de la fête de Pâque commençant le 15 Nissan sont d’abord énoncés. L’offrande de l’Omer sur les prémices de la moisson a lieu au second jour de la fête de Pâque à partir duquel, pendant quarante-neuf jours, a lieu le Compte de L’Omer qui aboutit à la fête de Chavouot, le cinquantième jour
Emor se termine par l’incident lors duquel un homme fut exécuté pour blasphème et l’énoncé des peines applicables en cas de meurtre (la mort) et de blessure à son prochain ou dégradation de sa propriété (compensation financière)..
Les quiz de la semaine
1. Comment doit-on honorer le cohen ?
2. Qui dans la maison du cohen a le droit de manger la Trumah ?
3. Quelle différence y a-t-il entre néder » (voeu) et « nédavah » (offrande) ?
4. A-t-on le droit d’abattre le même jour un animal et son « père » ?
5. Comment la thora définit-elle le « hilloul hachem » (profanation du nom divin) ?
6. Quelle est la particularité du « Omer » relativement aux autres offrandes de « minha » ?
Commentaire de la Paracha EMOR
Texte: Vayikra 21:1-24:23
L’épisode du blasphémateur (Lév. 24:10–23), relaté dans notre paracha, va bien au-delà d’un simple décret sur la gravité du blasphème. Il met en lumière une tragédie humaine : celle d’un jeune homme né à la marge, tiraillé entre deux identités, en quête d’appartenance dans une société structurée par des règles tribales. Ce fils d’une Israélite, Shelomit bat Divri, et d’un Égyptien, est le seul personnage dont la mère est nommée dans tout le Lévitique — un détail significatif. Le Midrash Vayikra Rabbah (32:5) interprète cette mention comme une manière de souligner la honte qu’il aurait fait porter sur sa mère, sa famille et sa tribu. Mais cette lecture mérite d’être interrogée à la lumière d’une sensibilité éthique contemporaine.
Selon certaines traditions midrashiques (Shemot Rabbah 1:28), Shelomit qui faisait partie de la tribu de Dan, était mariée à un Hébreu ; elle aurait été trompée ou violée par un contremaître égyptien qui s’était introduit de nuit dans son lit, alors qu’elle pensait qu’il s’agissait de son mari. D’autres sources (Sékhel Tov sur Ex. 2:11) évoquent une forme de consentement sous influence. Quoi qu’il en soit, la paternité du fils est marquée par une fracture : celle d’une union illégitime ou imposée dans un contexte d’oppression.
Le Midrash (Sifra, Emor 14:1–2) raconte que ce fils, faisant valoir sa lignée maternelle, voulait s’intégrer au camp de Dan. Il fut rejeté en raison de sa lignée paternelle, l’organisation tribale étant fondée sur la filiation du père (cf. Nombres 2:2). Lorsqu’il porta l’affaire devant Moïse, celui-ci, agissant selon la loi, ne put lui donner raison. Se sentant exclu, trahi et incapable de trouver sa place, le jeune homme éclata de rage et blasphéma le Nom divin qu’il avait entendu au Sinaï.
Ce récit soulève une question essentielle : la faute revient-elle à une société qui n’a pas su intégrer cet homme en quête d’identité, ou à lui-même, pour n’avoir pas su accepter la place qui lui revenait ? Car il ne fut pas exclu du camp d’Israël, mais seulement du camp de Dan.
Dans ce contexte, Shelomit peut être vue comme une figure tragique : mère d’un enfant illégitime, rescapée de l’esclavage, elle tente de créer un espace pour son fils dans un monde qui le marginalise. Et pourtant, elle n’a pas su le guider à faire le bon choix et à le sauver. Car en refusant la place qui lui appartenait, au nom d’une revendication qui ne pouvait être légitimée, il a lui-même rompu le lien fragile qui le rattachait à la société.
La loi est ce qu’elle est, parfois difficile à accepter ; elle crée des tragédies lorsque l’individu ne parvient pas à s’y soumettre, et que la communauté ne sait pas l’y accompagner..
d’après Tikva Frymer-Kensky et Tamar Kadari https://sefaria.org t
Commentaire de la Haftara EMOR
Texte: Véhacohanim, Halviyim. Ezéquiel 44:15-31
La haftara de cette semaine est tirée du chapitre 44 du livre d’Ezechiel qui décrit une vision du temple idéal, à construire dans un avenir messianique s’inscrivant dans une logique de refondation : après les fautes passées qui ont conduit à la destruction du premier Temple, D.ieu instaure des règles strictes pour préserver la sainteté de ce nouveau sanctuaire.
En particulier, seuls les fils de Tsadoq (Tsadoq était un prêtre loyal à David et Salomon), restés fidèles à D.ieu lorsque les autres s’égaraient, pourront exercer les fonctions les plus sacrées. Mais ils seront soumis à des règles strictes : vêtements spécifiques, abstinence du vin en service, interdiction du contact avec les morts (sauf proche parent), pureté morale. Et notamment : « Ils ne se raseront pas la tête, et ne laisseront pas pousser leur chevelure ; ils se couperont les cheveux soigneusement. ». Ce verset peut être lu comme un appel à la juste mesure : ni effacement de soi, ni affirmation égoïste, mais un équilibre entre présence et modestie. Il est repris dans un passage du talmud (Nedarim 51a) qui, sous des dehors légers, conduit à une réflexion profonde sur l’autorité, l’apparence, et la transmission du sacré.
Le contexte : un mariage. Un moment de joie, de rassemblement. Bar Kappara, le sage bien connu pour son humour provocateur, s’amuse à poser des devinettes à Rabbi Yehuda HaNasi. À chaque mauvaise réponse, Bar Kappara demande des gestes honorifiques : HaNassi danse pour lui, sa femme sert du vin à Bar Kappara. Tout cela dans un climat bon enfant, mais pas pour tout le monde : Ben Elasa, (le gendre de Rabbi Yehuda HaNasi), perçoit là un manque de respect envers son beau-père, et quitte la salle. Or, nous apprenons que ce même Ben Elasa, avait dépensé une somme considérable pour reproduire la coupe de cheveux du Grand Prêtre, telle que décrite dans le livre d’Ézéchiel. Pourquoi cet investissement ? Pour l’esthétique ? La vanité ? Non. Pour montrer au peuple ce qu’était le sacré, pour « enseigner par l’exemple ».
Cette page du Talmud ne se range ni du côté de Bar Kappara, ni de celui de Ben Elasa. Elle les présente tous deux, sans les juger : d’un côté l’humour, la parole libre, la remise en question des conventions. De l’autre, la rigueur, le respect, l’exigence de dignité pour le sacré.
Soyons attentifs à ce que nous montrons, car tout ce que nous faisons enseigne quelque chose. Mais cherchons aussi l’équilibre entre la parole libre et le respect silencieux car la Torah a besoin des deux pour vivre.
d’après sources diverses/
Réponses aux quiz
1.V21 :8. Il a la priorité sur toutes les choses concernant la sainteté (ex. monter le premier au séfer-thora ou diriger le bircat hamazon).
2.V22 :11. Lui, sa femme, ses fils, ses filles célibataires, ses esclaves non-juives.
3.V22 :18. Le néder se rapporte à une personne, la nédavah à un objet.
4.V22 :28 Oui, la thora n’interdit cela que pour sa « mère ».
5.V22 :32. La non observation volontaire de Ses commandements.
6.V23 :16. Il est composé de farine d’orge (et non pas de blé).
