Commentaire de la Paracha BEHA'ALOTKHA

Texte: Bamidbar 8:1-12:16

Dans la Paracha de cette semaine, D.ieu dit à Moïse de constituer un groupe de 70 anciens pour l’aider à assumer le fardeau du leadership. Sur une liste de 72 personnes (6 par tribu), Moïse en tire au sort 70. Ces hommes se mettent à prophétiser — c’est-à-dire à parler dans un état extatique — sous l’effet de l’esprit divin qui repose sur eux. Mais les deux exclus, Eldad et Medad, sont aussi pris d’inspiration et prophétisent à leur tour. Josué, serviteur de Moïse, demande à son maître d’intervenir. Celui-ci répond, magnanime : « Ah ! Plût au Ciel que tout le peuple de D.ieu se composât de prophètes, que l'Éternel fît reposer son esprit sur eux ! ». On peut se demander pourquoi cette magnanimité contraste avec la réaction violente de Moïse lorsque, plus tard, Korah et ses disciples défieront son autorité.
Pour comprendre, saisissons la différence entre deux concepts proches : pouvoir et influence. On a tendance à penser qu’ils vont de pair : ceux qui ont du pouvoir ont de l’influence et inversement. Pourtant les deux concepts n’opèrent pas de la même manière. Le pouvoir fonctionne par division : plus on le partage, moins on en a. L’influence fonctionne par multiplication : plus on la partage, plus on en a. À l’heure des réseaux sociaux, on redécouvre sa vertu et la puissance des «influenceurs ».
Le judaïsme établit une distinction claire entre le leadership par influence et le leadership par pouvoir. Il approuve le premier sans réserve, mais est très ambigu par rapport au second. Le Tanakh est une polémique sans fin contre l’utilisation du pouvoir. Le véritable leadership selon la tradition rabbinique est celui de l'influence, celle des prophètes et des enseignants. Le pouvoir, selon la Torah, appartient seulement à D.ieu. Elle reconnaît toutefois la nécessité, dans un monde imparfait, d'utiliser la force coercitive pour maintenir l'état de droit et défendre le royaume. D'où l'approbation de la nomination d'un roi, si le peuple le désire. Mais c'est une concession, pas un idéal.
On comprend ainsi pourquoi la réaction de Moïse fut si différente dans ces deux situations. Eldad et Medad ne recherchaient aucun pouvoir. Ils avaient simplement reçu de l'esprit divin une part de l'influence de Moïse. Korah et ses disciples voulaient, eux, au contraire, conquérir le pouvoir.
Nous n’avons pas tous le pouvoir, mais nous pouvons tous avoir de l’influence. Privilégions-la à la quête du pouvoir. C'est elle qui change les gens pour qu'ils changent à leur tour le monde.
source:d’après Rabbi Sacks Z’l  https://rabbisacks.org  (réed 5781)