Commentaire de la Paracha VAYEHI

Texte: Béréchit 47:28-50:26

Le Talmud de Babylone, traité Pessaḥim 56a, ainsi que Bereshit Rabba 96,1, posent la question :« Pourquoi cette paracha est-elle fermée (setouma) ? »Ils répondent :« Parce qu’à la mort de Jacob notre père, les yeux et le cœur d’Israël se sont obscurcis devant l’étroitesse de la servitude. »
Ainsi, selon ce passage, Vayé’hi commence par la vie mais annonce déjà la perte de la lucidité spirituelle : l’exil débute avant même la servitude physique. Jacob est le dernier patriarche dont la présence empêche l’exil intérieur.
Or, au moment de fermer les yeux, Rachi, commentant Bereshit 49,1, enseigne que Jacob voulut révéler à ses fils la fin des temps, mais que la Présence divine se retira de lui et l’en empêcha. Ayant atteint un niveau prophétique extrême, Jacob souhaite dévoiler, mais le Saint, béni soit-Il, veut que l’Histoire (avec ou sans H) demeure ouverte, sans destin prédéterminé. La Guéoula (Délivrance) ne peut être révélée par le calcul ; d’où la fermeture à une révélation messianique directe.
Selon le Rambam, dans le Moreh Nevoukhim III, 34 et le Mishné Torah, Hilkhot Melakhim, les bénédictions ne sont pas mystiques mais des analyses prophétiques rationnelles. Jacob y décrit les dispositions naturelles et historiques de chaque tribu; ainsi, à propos de Juda (Bereshit 49,8), il s’agit d’une conclusion rationnelle fondée sur les aptitudes de chacun. On comprend alors que, pour le Rambam, la délivrance messianique ne se réalise pas par voie miraculeuse, mais de manière politique, historique et progressive.
Synthétisant l’apparente controverse entre le Rambam, le Ramban et le Maharal concernant la possibilité d’une royauté non davidique en Israël, le Rav Kook, dans Mishpat Kohen §144, évoquant le cas des Hasmonéens, conclut qu’une royauté non davidique peut être historiquement nécessaire mais spirituellement inachevée. Ainsi, sans être strictement interdite (selon le Rambam), ni ontologiquement destructrice (selon le Ramban), elle demeure nécessairement immature.
Pour le Maharal, dans Guevourot HaShem, chap. 28 :« La Shekhina ne réside qu’en Israël, car ils sont la forme capable de recevoir la divinité. » Et dans Tiféret Israël, chap. 1 :« Israël n’est pas là par hasard, mais constitue un véritable sujet, une réalité divine. ». Il en ressort que, pour le Maharal, une royauté non davidique peut être efficace et même religieuse, mais ne peut jamais être une véritable royauté, car elle ne correspond pas à la forme du « récipient » qu’est Israël.
En conséquence, le Rav Kook conclut dans Orot, Orot Israël V :
« L’État d’Israël n’est pas une création profane extérieure, mais le fondement du Trône de D.ieu dans le monde. »,
source:d’après sources diverses