La Haftara de cette semaine est tirée du livre de Samuel I, qui raconte l’histoire des débuts de la royauté en Israël, à travers la figure de Samuel, puis surtout celle de Saül et de David. Le livre montre comment le pouvoir, l’ambition, la fidélité et la jalousie vont peu à peu bouleverser les relations entre les hommes.
Le passage de cette semaine nous conduit au cœur de l’amitié entre David et Yonathan. Saül, devenu méfiant à l’égard de David, est désormais décidé à le faire mourir. Yonathan, qui aime David et refuse de voir en lui un ennemi, tente de défendre son ami auprès de son père. Mais alors qu’il essaie de raisonner ce dernier, la discussion bascule. Saül répond à celui qui ose lui dire la vérité par la colère et l’humiliation : « La colère de Saül s’enflamma contre Yonathan, et il lui dit : Fils d’une mère perverse et rebelle ! Ne sais-je pas que tu as choisi le fils de Yishaï, à ta honte et à la honte de la nudité de ta mère ? » (I Samuel 20:30)
Ce verset est cité dans le traité Arakhin 16b du Talmud dans une discussion consacrée à la tôkhehah, c’est-à-dire au devoir de réprimander celui qui agit mal. Cette obligation est réelle et clairement affirmée. Mais elle doit cesser dès que la réprimande risque de causer une honte publique. Les sages cherchent à en déterminer les limites : faut-il continuer jusqu’à ce que celui que l’on réprimande frappe, jusqu’à ce qu’il insulte, ou jusqu’à ce qu’il se mette simplement en colère ? Ils voient dans notre passage une progression remarquable : Saül commence par se mettre en colère, puis il insulte Yonathan, puis, quelques versets plus loin, il tente de le frapper. jusqu'où peut-on dire la vérité à quelqu'un qui détient le pouvoir ? À quel moment la réprimande devient-elle dangereuse pour celui qui la prononce ?
Dans le récit biblique, Yonathan ose dire la vérité à son père. Il choisit la justice plutôt que la sécurité et la complaisance et en accepte le risque. Il est celui qui subit la violence et l’humiliation. Mais le Talmud retourne le regard : ce n'est plus Yonathan, la victime, qui retient l'attention, c'est Saül, refusant d’entendre une vérité qui le dérange qui devient l'objet d'étude. Il préfère l'insulte à l'introspection, la violence à la remise en question. Dire la vérité est un acte de courage. Savoir l'entendre en est un autre, peut-être plus grand encore.
Car au fond, la grandeur ne se mesure pas seulement à notre capacité de parler juste, mais à notre capacité d'écouter quand la vérité nous blesse
d’après sources diverses/