Commentaire de la Haftara VAYAKHEL-PEKUDÉ- CHABBAT HAHODECH

Texte: Ko amar Ad. Ezékiel 45:18-46:15

La haftara de cette semaine est tirée du livre d'Ézéchiel qui se situe dans le contexte dramatique de l’exil à Babylone au VIᵉ siècle avant notre ère. Le prophète Ézéchiel parle à un peuple privé de son Temple et confronté à une crise spirituelle profonde.
Dans les derniers chapitres du livre (40-48), il reçoit une vision d’un Temple restauré et d’un ordre religieux renouvelé. Cette vision ne décrit pas seulement un bâtiment, mais une société réorganisée autour de la sainteté et du service divin. Le passage de la haftara décrit l’organisation du culte futur : les sacrifices des fêtes, le rôle du prince et la régularité du service rendu à Dieu. Le texte souligne l’importance des temps sacrés qui structurent la vie religieuse d’Israël. C’est dans ce cadre qu’apparaît ce verset : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : La porte du parvis intérieur tournée vers l’orient sera fermée pendant les six jours ouvrables, mais elle sera ouverte le jour du sabbat et elle sera ouverte le jour de la nouvelle lune » (Ez 46,1).
Ce verset est cité dans le Talmud : Tractate Soferim (17:9), un des « petits traités » de la littérature talmudique, et discute principalement des règles relatives à l’écriture des textes sacrés, à la lecture publique de la Torah et aux coutumes liturgiques. Les Sages discutent de l’ordre des lectures bibliques dans la synagogue et des cas où la lecture hebdomadaire est interrompue pour des lectures spéciales : nouvelle lune, fêtes ou jeûnes. Ils expliquent notamment que lorsque la nouvelle lune tombe un jour de Shabbat, on lit comme haftara ce passage d’Ézéchiel évoquant l’ouverture de la porte du Temple. Le verset sert donc à justifier le choix liturgique : puisqu’il mentionne à la fois le Shabbat et la nouvelle lune, il relie la lecture synagogale à la vision prophétique du Temple.
Cela montre que même sans temple la communauté continue de vivre selon le rythme sacré du calendrier. De nos jours la prière et la lecture publique ont remplacé symboliquement le service du Temple. La porte qui s’ouvre le jour du Shabbat et de la nouvelle lune projette l’idée que certains moments ouvrent un accès particulier à la présence divine.
La leçon est que le temps sacré transforme la vie humaine. En sanctifiant le Shabbat et les fêtes, l’homme ouvre périodiquement dans son existence une porte vers Dieu.
Cela nous rappelle que la spiritualité se construit aussi dans la fidélité aux rendez-vous du temps.
 sources diverses)