Commentaire de la Haftara EMOR

Texte: Véhacohanim, Halviyim. Ezéquiel 44:15-31

La haftara de cette semaine est tirée du chapitre 44 du livre d’Ezechiel qui décrit une vision du temple idéal, à construire dans un avenir messianique s’inscrivant dans une logique de refondation : après les fautes passées qui ont conduit à la destruction du premier Temple, D.ieu instaure des règles strictes pour préserver la sainteté de ce nouveau sanctuaire.
En particulier, seuls les fils de Tsadoq (Tsadoq était un prêtre loyal à David et Salomon), restés fidèles à D.ieu lorsque les autres s’égaraient, pourront exercer les fonctions les plus sacrées. Mais ils seront soumis à des règles strictes : vêtements spécifiques, abstinence du vin en service, interdiction du contact avec les morts (sauf proche parent), pureté morale. Et notamment : « Ils ne se raseront pas la tête, et ne laisseront pas pousser leur chevelure ; ils se couperont les cheveux soigneusement. ». Ce verset peut être lu comme un appel à la juste mesure : ni effacement de soi, ni affirmation égoïste, mais un équilibre entre présence et modestie. Il est repris dans un passage du talmud (Nedarim 51a) qui, sous des dehors légers, conduit à une réflexion profonde sur l’autorité, l’apparence, et la transmission du sacré.
Le contexte : un mariage. Un moment de joie, de rassemblement. Bar Kappara, le sage bien connu pour son humour provocateur, s’amuse à poser des devinettes à Rabbi Yehuda HaNasi. À chaque mauvaise réponse, Bar Kappara demande des gestes honorifiques : HaNassi danse pour lui, sa femme sert du vin à Bar Kappara. Tout cela dans un climat bon enfant, mais pas pour tout le monde : Ben Elasa, (le gendre de Rabbi Yehuda HaNasi), perçoit là un manque de respect envers son beau-père, et quitte la salle. Or, nous apprenons que ce même Ben Elasa, avait dépensé une somme considérable pour reproduire la coupe de cheveux du Grand Prêtre, telle que décrite dans le livre d’Ézéchiel. Pourquoi cet investissement ? Pour l’esthétique ? La vanité ? Non. Pour montrer au peuple ce qu’était le sacré, pour « enseigner par l’exemple ».
Cette page du Talmud ne se range ni du côté de Bar Kappara, ni de celui de Ben Elasa. Elle les présente tous deux, sans les juger : d’un côté l’humour, la parole libre, la remise en question des conventions. De l’autre, la rigueur, le respect, l’exigence de dignité pour le sacré.
Soyons attentifs à ce que nous montrons, car tout ce que nous faisons enseigne quelque chose. Mais cherchons aussi l’équilibre entre la parole libre et le respect silencieux car la Torah a besoin des deux pour vivre.
d’après sources diverses/