Commentaire de la Haftara TETZAVEH- CHABBAT ZAKHOR

Texte: Vayomer Chemouel. Chmouel I 15:1-34

La haftara de cette semaine est tirée du livre de Samuel qui décrit la transition d’Israël d’une période de juges à l’institution de la royauté. Le chapitre 15 de ce livre rapporte l’ordre divin transmis par le prophète Samuel à Saül : détruire totalement Amalek, en effaçant toute trace de ce peuple. Saül mène la campagne militaire avec succès, mais il épargne le roi Agag et conserve le meilleur du bétail. Samuel le lui reproche violemment et lui annonce que sa royauté ne sera pas maintenue. Au cœur de ce récit apparaît une expression énigmatique : «Saül vint jusqu’à la ville d’Amalek, et il porta la querelle dans la vallée » ( Samuel 1 15,5). Ce verset, apparemment descriptif, est cité dans le Talmud (Chabbat 56b :2) dans le cadre d’une digression haggadique consacrée à la responsabilité morale des rois d’Israël. Les sages y prolongent la réflexion talmudique sur « l’intention » et la « responsabilité » en l’appliquant aux décisions des rois.
À propos de Méphibosheth, petit-fils de Saül, le Talmud le qualifie de «fils de querelleur ». Pour justifier cette expression, la Guemara cite notre verset : « Saül vint… et il porta la querelle dans la vallée ». Les sages expliquent que Saül s’est querellé intérieurement avec Dieu faisant le raisonnement suivant : la torah demande à la société d’expier un meurtre non résolu en brisant la nuque d’une génisse dans une vallée (deut 21 :1-9).
Si la torah se soucie du meurtre d’une seule personne, comment alors justifier l’anéantissement total d’un peuple entier ?
Selon Rabbi Mani, cette comparaison révèle le dilemme de Saül entre compassion humaine et obéissance à l’ordre divin. Le Talmud présente Saül comme quelqu’un qui substitue son propre jugement moral à l’instruction reçue. Cette contestation, même motivée par une sensibilité éthique, est considérée comme une faille dans l’exercice de sa mission.
Lorsqu’on exerce une responsabilité, surtout publique, il faut savoir discerner entre un questionnement constructif et une remise en cause de la mission confiée. La conscience est une force, mais elle doit éclairer l’action, non la paralyser ; elle devient un risque lorsqu’elle affaiblit l’engagement.
C’est dans ce fragile équilibre que se joue la vraie responsabilité.
d’après sources diverses/