Commentaire de la Haftara MICHPATIM- CHABBAT CHEKALIM

Texte: Vayikhrot Yéhoyada. Rois II 11:17-12:17

La haftara de cette semaine est tirée du Deuxième livre des Rois, qui raconte le déclin progressif des royaumes d’Israël et de Juda, depuis les derniers prophètes jusqu’à la destruction de Jérusalem et l’exil à Babylone. Le texte s’ouvre sur l’intronisation du roi Joas, sauvé enfant d’un massacre. Un pacte est conclu entre le roi, le peuple et l’Éternel, et le culte de Baal est éradiqué. Joas ordonne aux prêtres d’utiliser les fonds consacrés pour réparer le Temple.
Or le texte souligne qu’au bout de vingt-trois ans, « les prêtres n’avaient pas réparé les brèches du Temple ». Le roi retire alors aux prêtres la gestion directe des fonds et met en place un système nouveau, public et contrôlé. Un coffre percé, placé près de l’autel, permet à chacun de voir l’argent collecté pour Dieu. L’argent de ce coffre est ensuite directement remis aux artisans responsables des réparations : «Yehoyada, le prêtre, prit une caisse, perça un trou (vayyikkov) dans son couvercle et la plaça à côté de l’autel, à droite en entrant dans la maison de l’Éternel ; et les prêtres préposés à la garde du seuil y jetaient tout l'argent qu'on apportait dans la maison de Dieu. » (II Rois 12,9).
Ce verset est cité dans le traité Sanhedrin du Talmud, qui traite de l’organisation de la justice, des procédures pénales et des crimes majeurs touchant aux fondements mêmes de la société. La citation se situe à la page 56a, au cœur d’une discussion consacrée aux lois du blasphème et à la définition précise de l’acte qui engage la responsabilité capitale. La Guemara cherche à comprendre le sens du mot biblique « nokev », utilisé pour désigner le blasphémateur : Les sages le relient au verbe « naqav », employé dans notre verset (vayyikov), qui signifie percer, faire une ouverture, et explorent alors une hypothèse provocante : et si blasphémer consistait à « percer le Nom de Dieu », à l’endommager physiquement (en trouant un parchemin, par exemple) ou symboliquement (par la parole) ? Cette interprétation est finalement rejetée, mais elle n’est pas sans intérêt : Dans ce passage, la Guemara oppose ainsi deux usages d’un même terme : percer pour construire ou percer pour profaner. Le terme est identique, mais son effet inverse tout. Percer un coffre répare le Temple ; percer par la parole détruit. Nos choix quotidiens peuvent de même bâtir ou ouvrir des brèches. Il nous faut donc prêter attention non seulement à ce que nous faisons ou disons, mais surtout à ce que cela produit. C’est dans cette vigilance quotidienne que se joue la fidélité à l’alliance.
d’après sources diverses/