La haftara de cette semaine est tirée du premier livre des Rois, qui raconte l’histoire du royaume d’Israël depuis les derniers jours du roi David jusqu’aux règnes de ses successeurs. Ce livre nous montre comment le pouvoir se construit, s’exerce et peut aussi conduire à la chute de ceux qui le détiennent. Dans notre récit, David, devenu très vieux, ne parvient plus à se réchauffer. Ses serviteurs lui trouvent alors Avishag la Shounamite, une jeune fille d’une beauté remarquable, chargée de prendre soin de lui. Le texte rapporte : « La jeune fille était très belle, elle prit soin du roi et le servit, mais le roi ne la connut pas » (Rois I, 1:3-4).
Ce verset est cité dans le traité Sanhédrin, au folio 39b. Ce traité du Talmud est principalement consacré à la justice, à son organisation et aux responsabilités de ceux qui la rendent. Dans cette discussion, les sages s’intéressent à la manière dont les mots de la Bible peuvent révéler des significations inattendues. Rabbi Ḥanina bar Pappa s’arrête ainsi sur la description de la beauté d’Avishag. Il affirme qu’elle n’atteignait même pas la moitié de celle de Sarah. Il s’appuie pour cela sur la formulation hébraïque du verset, « belle jusqu’à l’extrême », qui suggérerait qu’elle n’atteint pas pleinement le degré de beauté absolue.
À première vue, cette comparaison étonne. Pourquoi mesurer la beauté d’une jeune fille à l’aune de celle d’une femme qui a vécu des siècles auparavant ? Peut-être faut-il voir dans ce rapprochement une invitation à dépasser la simple apparence pour réfléchir à la place de chacun face au pouvoir.
Sarah avait suscité la convoitise de puissants souverains, notamment Pharaon. Le rapprochement avec Avishag nous invite ainsi à une méditation sur la nature du pouvoir et de la retenue ? Être puissant ne signifie pas que tout devient accessible, ni que la présence d'une personne auprès de soi crée un droit sur elle.
C’est là une leçon qui dépasse largement le récit biblique. Le pouvoir ne donne pas tous les droits. Qu’il soit politique, parental, professionnel ou institutionnel, il ne trouve pas sa légitimité dans les prérogatives qu’il s’accorde, mais dans les limites qu’il accepte de respecter. Le pouvoir sans retenue devient tyrannie. Dans un monde qui confond trop souvent la force avec le droit de tout faire, rappelons-nous que la véritable grandeur ne se mesure pas à l’étendue de ce que l’on peut imposer aux autres, mais à la capacité de reconnaître ce que l’on n’a pas le droit de leur prendre
d’après sources diverses/