Commentaire de la Haftara BEHA'ALOTKHA

Texte: Roni Vésimhi. Zekharia 2:14 - 3:7

La haftara de cette semaine est tirée du livre de Zacharie, prophète visionnaire qui, au temps du retour à Sion après l’exil babylonien, porte à son peuple un message d'espérance et de reconstruction.
Alors que le Temple gît en ruines et que le doute ronge les cœurs, Zacharie reçoit des visions tumultueuses : il voit Jérusalem entourée d'un mur de feu protecteur, et il assiste à un tribunal céleste où le Grand Prêtre Joshua, symbole du lien entre le peuple et son D.ieu, apparaît vêtu de haillons, portant le poids visible de la souillure et de l’exil devant l'ange de l'Éternel, tandis que Satan se tient à sa droite, prêt à l’accuser
Dans ce moment de tension, alors que ce dernier semble tenir en ses mains l'avenir du pontife, retentit la parole de D.ieu qui s’adresse à Satan: «L'Éternel te réprouve, ô Satan ! Oui, il te réprouve, l'Éternel qui a élu Jérusalem. Celui-ci n'est-il pas un tison sauvé du feu ?».
Ce verset qui sauve le grand prêtre est cité dans le Talmud, traité Sanhedrin (93a :16), qui traite des lois de justice, des tribunaux et des châtiments. Les Sages rapportent que Joshua fut jeté dans une fournaise ardente aux côtés de deux faux prophètes, et que, si lui seul en réchappa, ses vêtements en sortirent roussis. Le Talmud invoque alors notre verset pour expliquer pourquoi le feu laissa sur lui sa marque. Les Sages expliquent que la présence des méchants à ses côtés avait permis au feu de l’atteindre par contrecoup. D'autres ajoutent une raison plus intime et plus troublante : Joshua avait laissé ses fils contracter des unions indignes sans les réprimander, et c'est cette souillure silencieuse que reflétaient les vêtements roussis dont il sortit du brasier. Ainsi, le tison arraché aux flammes n'est pas un symbole de pureté absolue, mais le témoignage d'une grâce qui sauve malgré nos failles.
Nous sommes tous, à notre manière, des tisons que la vie, les épreuves, nos propres erreurs ou la présence du mal autour de nous ont placés dans le feu. La grâce ne consiste pas toujours à nous épargner toute brûlure, mais souvent à nous arracher aux flammes alors même que nous en portons déjà la trace.
Mais que ferons-nous de cette délivrance ambiguë ? Prendrons-nous conscience que, précisément parce que nous avons connu le feu de l’intérieur, nous sommes désormais investis d’une vigilance nouvelle, celle de préserver, jour après jour, l'intégrité de notre âme, pour ne pas rallumer le foyer que nous avons fui
d’après sources diverses)